Livre
L’âge des artères
Des ouvrages comme ça, ça ne court pas les rues. Dommage que l’auteur de ce pavé peine parfois à trouver sa voie…

Ernest Dalby, Gabriel Lauriol, Mathelin Rodier, Urvoy de Saint-Bedan… On connaît par cœur leur nom et leur prénom… Mais on n’a aucune idée de ce qui a bien pu leur valoir de passer à la postérité et de se voir attribuer qui une rue, qui un boulevard ou une avenue dans la Cité des ducs. C’est pour répondre une bonne fois à cette interrogation que Stéphane Pajot a préparé cet ouvrage de quelque 200 pages qui traite de la plupart des rues de Nantes.

L’intention est louable et l’œuvre salutaire. Mais si l’on prend un grand plaisir à picorer cette mine d’informations, on regrette d’autant plus que l’auteur en oublie parfois de nous expliquer le pourquoi d’un nom ou d’aller au bout de sa démonstration. Quel dommage de citer la plaque de la colonne Louis XVI et sa mention des “laboureurs anglais” sans relever qu’il doit s’agir d’une méchante traduction du terme “labour” – il est question de luttes sociales ! Dommage encore d’omettre les curieux mascarons de Jean-qui-rit et Jean-qui-pleure place du Pilori, ou de ne pas s’interroger sur le fait que le triste Jean Chiappe ait toujours droit à sa rue à Nantes. Il faut aussi déplorer l’absence de plan qui, un comble, laisse souvent le lecteur sur le bord de la route. Et surtout une mauvaise photogravure qui dessert les nombreuses cartes postales anciennes qui émaillent le propos.

Pourquoi me direz-vous, cette critique en règle dans une rubrique intitulée “Coup de cœur” ? D’abord parce que le livre apporte quand même de précieux et multiples éclairages sur ces petits mystères du quotidien. Ensuite et surtout parce qu’il arbore sur sa couverture une vue du début du XXe siècle… de la rue Jean-Jaurès et de l’immeuble qui abrite depuis quinze ans les locaux d’Édito. On constate avec amusement que rien n’a vraiment changé en cent ans : la place Saint-Similien était déjà très passante, le rez-de-chaussée abritait déjà un café, l’appartement au 1er était déjà à louer… Et les fenêtres contiguës étaient peut-être déjà celles d’une agence de communication écrite. Allez savoir.

Nantes, histoires de rues par Stéphane Pajot. Éditions d’Orbestier, 224 pages, 32 euros.