Faut-il vraiment défendre le mariage pour tous ?
Drôles de couples
Tous les mots ne sont pas faits pour vivre ensemble. Certains s’associent pourtant aux frontières du bon sens…
Dans le monde des mots, c’est un peu comme chez les gens. Certains s’apprécient, se courtisent, se fréquentent plus que d’autres, s’entendent comme larrons en foire. Comme nous, ils ont leurs affinités : normal, avec un petit adjectif, le substantif se sent plus fort pour sortir dans le grand monde… Ils ont leurs têtes aussi, avec qui toute entente est incongrue. Cela n’empêche pourtant pas parfois de drôles de couples de se former. Des mots qui n’étaient à l’évidence pas faits pour se rencontrer et qui deviennent curieusement inséparables à la scène comme à la ville. Ils ne s’apportent objectivement rien, ils donnent même la curieuse impression de se regarder mutuellement le nombril… Ce sont les pléonasmes et autres associations improbables qui émaillent notre langage courant. On peut bien sûr se gausser des inusables monter en haut, descendre en bas, sortir dehors ou entrer à l’intérieur… Mais il y en a également de plus insidieux que des années de répétitions dans les médias ont fini par imposer. Lauréats d’un concours de circonstances, ils ont souvent été sciemment associés au départ pour insister sur une idée ou la tourner gentiment en dérision. Peut-on imaginer applaudir autrement que des deux mains ? Non, pourtant l’image est jolie et la tentation forte de colporter cette improbable locution. Autre mécanisme, l’enrichissement du langage populaire de mots soutenus. Les journalistes inspirés aiment émailler leurs commentaires d’expressions inusitées… Sans forcément en fournir le mode d’emploi au commun des mortels. D’où les doubles alternatives, voire même les panacées universelles qui s’avèrent vraies. Et puis il y a des sommets… Des expressions qui, sans forcément être de vrais pléonasmes, subliment le genre et se positionnent aux abords immédiats de la pure poésie. J’ai par exemple un gros faible pour l’égalité parfaite, soulignée par les journalistes sportifs… Ce qui amène à se demander ce que peut bien être une égalité imparfaite. Belle question philosophique ! J’adore aussi le magnifique investir pour l’avenir, abondant chez les élus et que l’on trouve même dans certains slogans publicitaires. Serait-il possible d’investir pour le passé ? La question mérite d’être posée… Mais en matière d’espace-temps, il y a surtout le cultissime au jour d’aujourd’hui qui trouve lui-même une sorte d’aboutissement avec à l’heure d’aujourd’hui, au paroxysme du second degré. Qu’était-ce à l’heure d’hier ? Mais ne soyons pas nostalgiques du passé