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02-04-2014
Billet
Discours sur la méthode

C’est une expérience un peu douloureuse que je viens aujourd’hui vous conter. Il y a quelques mois en effet, nous soumissionnâmes à un appel d’offres d’une structure publique pour la réalisation de quelques fiches techniques. Il s’agissait d’un sujet très spécifique et plutôt ardu que nous nous piquons de maîtriser sur le bout des doigts, sur un territoire que nous connaissons comme notre poche… Tout cela pour dire qu’avant toute autre considération, il y avait nombre d’éléments objectifs pour examiner notre offre avec intérêt.

Je passerai sur le fait qu’il fallut six bons mois à la dite structure pour concevoir son appel d’offres et tout autant pour enfin obtenir le résultat des courses. Le temps, dans ces sphères, semble suspendre son vol tout aussi sûrement qu’avec la Martine. Bien sûr, compte tenu de mon entrée en matière, vous vous doutez bien que cette fameuse compète n’a pas tourné à notre avantage. Si, comme tout un chacun, nous préférons nettement la victoire, il convient bien sûr de faire contre mauvaise fortune bon cœur : on peut regretter qu’il y ait jeu, mais accepter d’y participer, c’est aussi admettre qu’il puisse y avoir défaite. Nous ravalâmes donc notre amertume en nous inquiétant quand même de savoir où les choses avaient bien pu coincer afin de ne pas risquer de refaire l’erreur une autre fois… “Nous avons beaucoup hésité”, indiqua notre contact pour mettre un peu de baume sur nos plaies, confirmant ainsi la qualité de notre proposition. Cette tergiversation était pourtant déjà insupportable tant l’intérêt de bénéficier de notre précieux savoir-faire aurait dû sauter aux yeux… Notre infortune était-elle due à un coupable emballement tarifaire ? Certes non, nous rassura-t-on. Et la réponse finit par émerger : “Votre concurrent avait une démarche méthodologique…”

À ce stade du propos, il convient de préciser que la question figurait expressément dans le cahier des charges. Et je dois confesser que nous l’avions un peu négligée. La méthode pour produire une fiche technique ? Ben, prendre un crayon, écouter, comprendre le contexte, noter attentivement les messages à transmettre sur un petit calepin, les traduire en termes intelligibles au commun des mortels, avec de bonnes accroches, jeter, par acquit de conscience, un œil sur ce qui a déjà été fait dans le genre afin de ne pas réinventer l’eau chaude, organiser le tout dans une maquette agréable, facile à prendre en main et aux couleurs du client… Et puis youpi ! Honnêtement, je suis sans doute un peu obtus, mais il ne doit pas y avoir cinquante mille autres façons de produire une fiche technique… Mais si, suis-je bête, il y en a une autre : prendre le brief, analyser le brand content, définir la stratégie éditoriale, brain-stormer sur le storytelling, rewriter les concepts, soigner le wording, organiser un benchmark avant de passer le tout au DA qui pilote la créa.

Édito, nous y reviendrons, fête cette année ses vingt ans. Dans les temps troublés que traverse notre économie depuis déjà un moment, nous n’aurions sans doute pas survécu sans un minimum d’organisation pour aborder les dossiers… Mais cette évidence a dû échapper à nos interlocuteurs. En pros de la communication, nous avions essayé de leur faire comprendre notre professionnalisme, pas de les soûler en copiant-collant des mots abscons… Mauvaise pioche ! Ils ont préféré à une parfaite expérience éditoriale mâtinée d’une solide maîtrise technique, l’ivresse d’une idylle avec un concurrent beaucoup moins au fait du sujet, mais porteur d’une méthodologie… Ou à tout le moins d’un bel habillage faisant office de. Drôle de monde qui préfère la procédure à la solution… Qui ne voit plus la qualité que comme une démarche et qui ne se soucie plus du client. Qu’importe après tout de ne pas arriver à bon port… si l’on est sûr de passer par le bon chemin ! F.M.